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DISCUSSION : Beaucoup d’appelés, peu d’élus: pourquoi? (première partie)

Centre d'Études des Savoirs Professionnels

DISCUSSION : Beaucoup d’appelés, peu d’élus: pourquoi? (première partie)

Lors de mes études, j’ai eu l’occasion d’interviewer plusieurs contremaîtres des travaux publics à travers le Québec. Leur perception quant à leurs rôles et leurs tâches étaient quasi similaire peu importe la grandeur de leur municipalité ou encore leur région.  Aujourd’hui, dans le cadre de ma pratique, j’ai l’occasion de rencontrer plusieurs contremaîtres et rien ne semble s’améliorer.

Force est de constater:

  1. tant les rôles que les tâches se complexifient d’années en années
  2. peu de formations sont disponibles pour faire face à ces multiples changements.

Cet article propose en premier lieu de vous mettre en contact avec les dires de certains contremaîtres des travaux publics des municipalités du Québec rencontrés lors d’entrevues individuelles dans le cadre de ma maîtrise. Ces dires démystifient un peu cette profession méconnue mais surtout vous donnent quelques indices quant aux raisons du manque de relève.  Son seul objectif est d’amener une réflexion à ce sujet.

QUELLE FORMATION?

« D’un nouveau contremaître? Personnellement non…bien juste admettons quand je suis passé de soir à de jour. Celui qui est venu me remplacer, il a fait 1 semaine avec moi de soir. Je lui ai montré où étaient les plans d’égout, les plans d’aqueduc…tout ça…montré ça comme ça…mais après ça il apprend sur le tas là… il fait comme moi j’ai fait… »

« Ce n’est pas très précis malheureusement…et ça manque peut-être un tout petit peu…je pense qu’on aurait intérêt à avoir vraiment un coach pour un nouveau contremaître qui vient d’arriver…et ce n’est pas un système qui est établi pour le moment…et le fait d’en parler ici…probablement que je vais pouvoir l’amener à mon supérieur parce que je m’en rends compte…. »

ET POURTANT…GESTION DE QUOI?

« En gros, c’est ça, on gère du personnel, on gère de la machinerie, on assure la sécurité des gens, la sécurité de nos travailleurs dans un cadre défini »

« Dans notre job de contremaître je vous dirais c’est de ramasser les événements puis de les diriger puis en quelque part…on est un petit peu un gérant du risque…en quelque part…on gère le risque… »

« puis j’ai l’habitude de dire….le contremaître marche sur une ligne…il y a les cadres supérieurs qui sont …d’un côté…et les employés manuels qui sont de l’autre bord…de chaque côté y peuvent s’énerver autant qu’ils le veulent…le seul qui n’a pas le droit de s’énerver c’est le contremaître…il faut garder la tête froide, il faut continuer de marcher sur notre ligne et ramener tout ce beau monde à l’ordre… »

« puis la convention collective, tu es toujours entre l’arbre puis l’écorce…contremaître tu es comme…tu es boss, tu n’es pas boss …si ça va mal en bas bien ça va te retomber dessus puis si ça va mal en haut, bien ça te retombe dessus. Tu es comme entre les 2 là, donc c’est vraiment la position qui n’est pas facile (rires) »

QUELQUES CONTRAINTES

TEMPS

« parce que là tu vas être en train de parler au téléphone puis tu vas en recevoir un (courriel) en plus…puis tu n’auras plus le temps…des fois on part avec…je ramasse mes affaires le matin…je me prépare une cédule parce que… on fait du kilométrage…donc je prépare tout…je mets ça dans un ordre pour aller faire un parcours… en m’en allant pour que mes coups portent…là…première affaire que je sais…j’ai fait 20% de ce que j’avais planifié…le téléphone a sonné…puis…un autre m’a appelé…puis la police « call »… Notre travail c’est ça…donc là tu es obligé de revenir au bureau…tu arrives au bureau, il y en a ça ! Moi le territoire est complètement à l’autre bout là-bas donc ça me fait des bonnes journées à…quand je pars là…je vais juste voir une job…des fois ça me prend 1h aller voir un trou à côté d’un puisard…tu perds 1h de ta journée là…pas assez de 8h dans une journée pour faire ce qu’on a à faire… (rires) »

Une autre raison évoquée, particulièrement par les participants des petites et moyennes municipalités, c’est qu’ils sont seuls à assumer le rôle de cadre comportant toutes les tâches et/ou décisions relatives à leur département. Ce rôle requiert alors une grande disponibilité de leur part pour être en mesure d’atteindre les objectifs de leur organisation.

« Pour une ville là, … c’est 5 jours par semaine, c’est 6 jours par semaine, bien souvent c’est 7 jours par semaine. Ça fait qu’à un moment donné, on est plus souvent avec ces employés là qu’on peut être avec nos conjointes là. »

CONTRAINTES DE BUREAUCRATIE

« on s’est aperçu…je pense…que ça prend une personne pour s’occuper de ça…parce que je n’ai pas de temps disponible pour vérifier ça…et….c’est un outil indispensable….exemple….tout ce qui est….tout ça…c’est des rapports de salage…de grattage, de soufflage… »

À ce titre, certains parlent de l’informatisation et de la bureaucratisation des processus de gestion des ressources (ex : rapports relatifs aux employés, sel, abrasif, etc.) comme une contrainte car la direction ne leur accorde pas de temps particulier tant pour apprendre à travailler avec ces nouveaux outils que pour analyser les rapports qui en découlent afin d’optimiser les opérations et donc la productivité.

En conclusion, encore en 2015, la profession de contremaître des travaux publics est apprise sur le tas et ce, malgré son niveau de complexité qui ne cesse de croître.  Non seulement, les contremaîtres actuellement en poste n’ont pas accès à des formations permettant de les outiller à transmettre avec efficience leurs savoirs à la relève mais ils n’ont pas de temps réservé pour préparer cet accompagnement.  (Légaré, 2014)

Il en résulte que bien des recrues quittent rapidement la fonction et d’autres, provenant de l’interne, n’appliquent pas lors de l’affichage de ces postes.  Certaines municipalités doivent même rappeler et ré-engager des contremaîtres à la retraite afin de pourvoir à ces postes.

L’un des objectifs de CESPro est de réunir des contremaîtres qui désirent réfléchir à l’avenir de cette profession.  

Contactez-nous soit par courriel ou au 438-275-2164 pour faire partie de cette équipe de réflexion!

 

 

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